Une image, une histoire: Les Jeux olympiques d’été de 1968

JO 1968 John Carlos, Tommie Smith, Peter Norman

Une image, une histoire: Les Jeux olympiques d’été de 1968

Le 12 octobre 1968, à l’ouverture des Jeux Olympiques de Mexico, l’ambiance est lourde. Nous sommes six mois après l’assassinat de Martin Luther King, et dix jours seulement après le massacre de Tlatelolco*.

*Le 2 octobre 1968, une manifestation étudiante pacifiste protestant contre le coût élevé de l’événement dans un pays où la misère règne a lieu sur la place des Trois-Cultures à Mexico, et tourne au drame. Ce jour, l’armée mexicaine abat des centaines de manifestants. Le gouvernement n’en déclarera qu’une vingtaine, alors que le bilan des victimes selon l’organisation des Droits de l’Homme s’élève à environ 250 personnes. Le Comité international olympique demeure silencieux.

Grand nombre d’athlètes participants aux Jeux cette année-là portent un badge  Olympic project for human rights (Projet olympique pour les droits humains) en guise de soutien contre la ségrégation raciale et les inégalités.

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Le 16 octobre, lors de la finale masculine de 200 mètres, Tommie Smith, Peter Norman et John Carlos gagnent la course et montent dans cet ordre sur le podium. Tommie Smith est le premier sportif de l’histoire à être descendu sous la barre des 20 secondes en courant le 200 mètres et à avoir remporté 11 médailles à lui tout seul. Fils d’un cueilleur de coton devenu une star de renommée internationale, le coureur verra ce jour son destin basculer.
Lui et John Carlos, tous les deux afro-américains, décident de monter sur le podium en chaussettes, la main gantée de noir et le point levé, tête baissée, en guise de protestation contre les inégalités et les répressions constantes dont toute la population noire est victime à cette époque. Sous l’œil des caméras, les athlètes écoutent l’hymne les yeux rivés sur le sol, immobiles, pieds nus. Les deux hommes protestent et dénoncent, en silence, un mal qui étouffe leur époque. Ils défient la bienséance et déclarent ce jour leur désaccord avec le traitement accordé à l’ensemble de la population afro-américaine.

 

Jeux olympiques de Mexico. Podium du 200 mètres masculin, de g. à dr. : Peter Norman (Australie, 2ème), Tommie Smith et John Carlos (Etats-Unis, respectivement 1er et 3ème, faisant le signe du "Black Power"), 16 octobre 1968.
Leur geste aura marqué les esprits et eu un impact instantané sur toute la communauté des jeux olympiques.
Le point ganté de noir fut directement associé au mouvement des Black Panthers, et les deux athlètes furent dès le lendemain, bannis du village olympique par le président des Jeux. Interdits de compétition à vie, leur carrière prend fin ce jour.

Si Peter Norman, le coureur australien, paraît, sur la photo ne pas prendre partie à la protestation, il semble qu’il ait aussi eu son rôle à jouer ce 16 octobre, et qu’il ait pleinement soutenu ses camarades dans leur geste de protestation, les encourageant pendant leur montée sur le podium, et portant lui même le badge de soutien. Il ne sera pas autorisé par le comité olympique australien à participer aux JO de 1972.

Le lendemain, les trois vainqueurs du 400 mètres Lee Evans, Larry James et Ron Freeman, se présenteront sur le podium avec un béret noir :

 Le lendemain, les trois vainqueurs du 400 mètres Lee Evans, Larry James et Ron Freeman, se présenteront sur le podium avec un béret noir.

Tommie Smith et John Carlos restent les emblèmes de ces jeux. Leur geste, qui leur a coûté leur carrière, a marqué les esprits de milliers de sportifs, spectateurs et téléspectateurs. Il les a érigés comme des symboles de protestation et de lutte contre le racisme et l’inégalité. Sans dire un mot, ils ont dénoncé sans détour le mal de leur époque, puis ont disparu des écrans pour toujours. On se souvient encore d’eux aujourd’hui, de leur silence, de leur geste, de leur détermination.

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